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2011- Texte de l'exposition "Une vie, deux artistes, Peter Orlando 1921-2009

 

  

 

Peter Orlando, est-ce le peintre des paysages sereins de France et du Portugal, des natures mortes très figuratives, parfois même proches de l’hyperréalisme ?

Orlando, ou Orla, est-ce le céramiste des années 50 – 60, créateur de formes épurées, stylisées, de motifs abstraits aux couleurs intenses ?

 

En une vie de 88 années, il y eut deux artistes.

 

Peter Orlando, peintre.

 

            Une vocation révélée à l'adolescence aux Etats Unis d'Amérique où il est né, sera suivie d'une carrière exercée en France où il côtoiera maîtres et artistes de sa terre d'adoption. Une vie de peintre dès la sortie de l’école des Beaux-Arts de Paris en 1952, et menée jusqu'aux derniers souffles de son existence. Peter Orlando manie le crayon et la peinture à l'huile pour nous proposer le monde qu'il voit et vit ; un monde de douceur, de tranquillité où rien n'est agressif, pas même la lumière du soleil. Elle est absente car absorbée dans une luminosité d'ensemble qui proscrit l'ombre.

            Pendant plus de soixante ans sur les toiles de formats très variés se succéderont des paysages de Provence, des maisons de l'Yonne, du Quercy ou de Normandie, des ports et des bateaux de Bretagne, des villages de Dordogne ou des églises du Portugal. Les animaux des fermes ou des zoos seront aussi sources d'inspiration des premières années. Quant à la « nature captive », elle sera présente tout au long de la carrière, sous forme d’agencements en atelier, où se retrouvent réunis vases, légumes, fruits, fleurs, voire même pâtisseries ou fromages, posés sur une table noire et adossés à un angle de carrelage, d'affiche, de tableau ou de fenêtre.

            Aux premières années, c'est la douceur des nuances fondues entre elles et un éclairage filtré qui caractériseront la touche du peintre. Peu à peu les sujets seront traités avec plus d'intensité, les couleurs deviendront plus franches et plus vives. De cette force naîtra même la matière réaliste de certains modèles, que l'on serait tenté de caresser pour en saisir la justesse. Mais toujours restera cette énigme : comment Peter Orlando faisait-il pour donner de la présence et du volume à des compositions presque plates, sans ombre ?

 

 

Orlando, céramiste.

 

            Peut-on vivre de la peinture, lorsqu'on est jeune et que la France sort de la guerre ? Voilà une question que se pose Peter Orlando ; un complément de formation artistique, dispensé à la Manufacture de Sèvres proposera une alternative qui sera soutenue par son épouse Denise. Le pays se reconstruit, il cherche à oublier. Les objets du quotidien sont révisés, revisités ; de nouvelles lignes, couleurs, matières vont habiller le mobilier, les ustensiles, les accessoires, la vaisselle. Orlando veut aussi s'exprimer par l'objet. Il a appris l'usage de l'argile, il va maîtriser cette matière qui demande présence et efforts permanents.

            Dès 1953, aidé par Denise, il finance la location et l'équipement d'une boutique à Paris, qui va devenir atelier de céramiste. Ici Orlando va rompre avec le classicisme des pièces tournées et décorées à Sèvres. Il s'affirmera vite par les formes insolites qu'il donnera aux objets traditionnels: des assiettes, des plats, des vases, des pichets par exemple. Les ronds, les cylindres sont vite rejetés ; non seulement les formes sont insolites, mais l'ornementation est très éloignée des sujets des peintures de Peter. Ici l'abstraction ou le motif simplement présent par la seule hardiesse de sa couleur, seront caractéristiques de sa production, qui s'inscrit d'elle-même dans le « design » de l'époque.

            Son épouse aimante et aidante le secondera et se mettra aussi à créer de nombreux motifs, mais ne signera que rarement, discrète. Orla, marque de fabrique et Orlando seront pour l'avenir les noms d'un céramiste réputé.

 

Longtemps les deux arts de Peter Orlando se sont côtoyés sans se rencontrer. De nombreux amateurs de sa peinture n'ont jamais eu connaissance de sa céramique. Surtout aux U.S.A. où maintes toiles ont été vendues par de grandes galeries.

 

Beaucoup d'amateurs de design des années 50 et 60, de collectionneurs de faïence contemporaine, encore aujourd'hui ignorent l'existence de sa peinture.

 

Aucune malice de la part de l'artiste ; il n'a jamais cherché à brouiller les pistes. Il avait deux activités, il les menait de façon indépendante. Alors que l'atelier est fermé par choix en 1968, ce sera bien plus tard, dans le Quercy, quand prend forme la volonté de transmettre par une donation et de créer un lieu d'exposition, qu'il aura compris avec ses proches « qu'il était deux ».

 

photos de l'expo 

 

Philippe GRAZIANO

Commissaire de l'exposition

juillet 2011

 

 

Nous remercions les collectionneurs qui nous ont permis de réunir les pièces ici présentées. En particulier le Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris.