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2010 - Céramiques d'exception - texte de l'exposition

Céramiques ORLA

Céramiques ORLANDO

 

Loin du bouillonnant creuset créatif de Vallauris (Alpes Maritimes) village de potiers alors en pleine effervescence, dans une modeste échoppe des Batignolles, quartier d’artisans à Paris, un jeune couple ouvrait en 1952 un atelier de faïences décorées.

Peter Orlando, alors âgé de 31 ans, à l’instar de certains céramistes parisiens, tels Georges Jouve, Pol Chambost ou le couple Ruelland, a une formation artistique. Pour le dessin et la peinture, il est élève de Maurice Brianchon à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris depuis 1948. Son apprentissage de la technique du potier passera par un stage à la Manufacture de Sèvres, en 1950 ; il sera un des deux seuls étrangers admis à cette session.

 

Les années 1950-1960.

 

Le « mouvement » créatif de l’époque cherche la liberté des formes. Il s’agit de s’affranchir de la tradition, par l’exubérance dans les décors, par une large utilisation du décor non figuratif. C’est l’époque où l’on déstructure l’objet de tradition. Orlando s’affranchit de l’assiette ronde, du vase tourné, cylindrique ou pansu. Les formes adoptées seront le triangle, ou du moins la pièce à trois pans, l’ovale, le piriforme ou même le bilobé. Les motifs sont créés par Peter ou souvent par son épouse Denise, qui travaille avec lui. Le décor fait appel à des émaux qui vont réagir entre eux, qui vont fusionner ; ou tout au contraire ils seront séparés et posés avec grande application (voir le pichet à motif hélicoïdal). Le décor dominant est un tracé intuitivement inspiré et totalement abstrait. N’interprétez pas, ne cherchez pas des sujets figuratifs ou symboliques qui n’ont pas été voulus par les artistes. Non, ne voyez pas un visage, une bestiole ou un atome, là où la main a juste été guidée par une sorte de malin génie de la forme. Les couleurs sont de bel émail blanc, orange, noir, rouge ou bleu, couleurs intenses qui illuminent un fond très soigné, blanc laiteux mat ou granité gris. Il y aura des variantes et des essais. Fonds de couleur brique, marron voire jaune. Très réussies, les pièces bicolores, deux émaux appliqués par trempage.

 

Peter Orlando crée les formes. Les projets sont d’abord dessinés ; lorsqu’il est satisfait, Peter façonne dans l’argile le modèle, qu’il porte ensuite à un artisan mouleur. Au retour du moule dans son atelier, Peter coule une pâte fluide dont il a mis au point la composition après de nombreux essais. C’est le « secret » bien gardé par le céramiste, alchimie de terre de bonne qualité et d’additifs. La pièce sera démoulée, puis séchée et cuite.

 

La pâte.

 

La grande fierté de Peter Orlando a très vite été celle d’avoir mis au point une composition de pâte de faïence de grande solidité capable de subir l’épreuve de la cuisson sans altération. Ceci est particulièrement atteint avec les plateaux décorés de tables basses (très en vogue alors) ou les plaques murales. Même de grande dimension, la dalle de faïence est parfaitement plane, sortie du four sans déformation. Quand aux pièces de forme, nées de la pâte de coulage, elles sortent des moules en bon état et elles souffrent rarement de la cuisson ; il y a peu de perte, ce qui permet d’investir dans la seconde phase importante, celle de l’émaillage. Les produits sont de qualité, onéreux, souvent venus de Hollande, d’Allemagne.

 

La cuisson du biscuit.

 

Après séchage, lorsque suffisamment de pièces sont réunies, il faut réaliser une première cuisson, celle de l’objet de terre. Curiosité de langage de potier, on dira que sort du four un « biscuit » qui en réalité n’aura alors cuit qu’une fois, la seconde venant après la pose de l’émail. A Sèvres et chez un potier de banlieue parisienne, Peter a appris à garnir un four et tirer le meilleur profit de la chaleur produite dans son enceinte.

 

 

 

Le décor et sa cuisson.

 

Au début de sa production, Peter exécute souvent le décor. Le fond est projeté au pistolet, les motifs abstraits ou géométriques ont été réservés par des masques collés. Une fois ôtés, les évidements seront remplis et colorés à la brosse.

Les émaux de qualités techniques différentes peuvent parfois réagir de façon inattendue. Des essais sont indispensables, sur de petites pièces ; car les matériaux sont onéreux. Le choix de la qualité d’émail sera récompensé : très peu de pièces ont souffert de la cuisson (déformation, éclatement), très peu d’émaux seront décevants, malgré quelque incertitude ou surprise. Car la couleur après cuisson n’est pas celle que l’on voit sécher sur l’objet. Les pièces bicolores, tels les pichets ou pieds de lampe, demandent de l’habileté. Une partie de la céramique est trempée dans la première jatte d’émail. Quelques minutes après, l’autre partie est trempée à son tour. A la sortie du four de cuisson on verra un effet intéressant, une sorte de « frontière » entre les deux couleurs. Elles ont créé un trait de couleur nouvelle, produite par la fusion discrète des deux pigments.

 

Très tôt Denise Orlando interviendra aussi, principalement pour les motifs incisés. Le couple Orlando engage alors une fructueuse période de création en duo. Il s’agira souvent de graver la surface des biscuits en guise de motif principal. L’émail de fond est appliqué uniformément. Puis avec une pointe, un crayon de très dur, un dessin est creusé dans la surface de la faïence. Aucune reprise n’est alors possible, le trait est définitif. Parfois la  teinte légère déposée au fond du sillon par le crayon sera la seule coloration de l’objet. La couleur ne se voit que de près. Quand le choix se porte sur le remplissage d’une partie des motifs, il faut gratter et enlever l’émail de fond qui a séché. Ensuite appliquer à la brosse la couleur voulue, suivant l’inspiration et l’harmonie désirée. Afin de provoquer moins de poussière, néfaste à la santé de Denise, une autre technique est employée : l’incision est faite dans la terre séchée avant cuisson. Puis l’émail de fond est appliqué, les couleurs sont posées au pinceau ou à l’éponge. La cuisson des émaux demandera une bonne maîtrise des températures, car ils ne réagissent pas tous de même manière.

 

Chez les Orlando, il y a mariage entre la forme peu conventionnelle et le dessin non figuratif. La majeure partie de la production sera de cette veine. Mais aussi des fleurs stylisées, parfois animées de l’expression d’un visage, seront dessinées sur des fonds marron ou brique. Il s’agit alors de quitter le dessin abstrait, apprécié des amateurs avertis, et de trouver un produit plus commercial. Les dernières années, de 1966 à 68, verront d’une production « sage » de pots et vases cylindriques ou cubiques, de couleurs unies choisies dans des nuances nouvelles et parfois vives. Avant de prendre la décision de la fermeture de l’atelier, ce fut un dernier sursaut de création plus populaire.

 

Un retour d’intérêt, nostalgique en partie, pour le design de l’après guerre, plusieurs publications en France, des sites Internet et le goût retrouvé de l’objet bien réalisé, artisanal et unique, renouvellent notre connaissance des architectes, des créateurs, des céramistes nombreux des années 1945 à 1975. Parmi ces derniers Orlando a une place de choix, il est apprécié des amateurs, pour la pureté des lignes, l’originalité des décors bien identifiables, même s’ils ne sont jamais identiques.

 

Nous remercions les collectionneurs qui nous ont permis de réunir les pièces ici présentées.

 

Photos de l'expo

 

Philippe J. Graziano.

Commissaire de l’exposition.

Juin 2010